Salut à tous,
Une réponse de ministère - Guy
http://abonnes.lemonde.fr/opinions/article/2009/07/29/l-enseignement-
theatral-va-bien-par-thierry-pariente_1223804_3232.html
Point de vue
L'enseignement théâtral va bien, par Thierry Pariente
LE MONDE | 29.07.09 | 13h06
Il est donc revenu le temps où qui veut se préparer au métier d'acteur
se doit de quitter sa "hideuse province" pour tenter les deux seuls
vrais concours dignes de foi, celui du Conservatoire national d'art
dramatique et du Théâtre national de Strasbourg (TNS). A en croire
Daniel Mesguich et Julie Brochen (Le Monde du 28 juillet), qui trouvent
que les diplômes de comédien sont une "plaisanterie", je "sors du
Conservatoire" ou je "sors du TNS" seraient donc les deux seules
expressions tolérées pour des comédiennes et comédiens qui, sans doute,
n'oseront plus jamais avouer, après avoir lu cette diatribe, qu'ils ont
suivi des cours de haut niveau à Bordeaux, Cannes, Lille, Limoges,
Lyon, Montpellier, Rennes ou Saint-Etienne.
Et peu importe que ces enseignements prodigués en région l'aient été
par Dominique Pitoiset, Jean-Pierre Vincent, Stuart Seide, Matthias
Langhoff, Jacques Lassalle, Alain Françon, Bernard Sobel, Anatoli
Vassiliev, Stanislas Nordey, Jean-Claude Berutti, Ariel Garcia-Valdès
ou Philippe Delaigue.
Deux écoles supérieures donc, et seulement deux. Faut-il craindre pour
sa réputation et douter de sa force pour en arriver à une telle
présomption ! Qui oserait remettre en cause l'enseignement de la
science politique ailleurs qu'à "Sciences Po" ? Et qui ne verrait dans
le même temps que, sans revendiquer une exception excluante,
l'institution parisienne a maintenu son image au plus haut en dépit de
l'excellence des cours prodigués à Grenoble ou à Bordeaux par exemple ?
Leurs moyens, leur histoire et leur notoriété ne plaident-ils pas pour
le Conservatoire national et pour le TNS, sans que leurs directeurs
éprouvent le besoin de tirer à bout portant sur toutes les autres
écoles ? Et vaut-il mieux laisser proliférer partout en France des
formations théâtrales non professionnelles sous le prétexte que deux
écoles suffisent à assurer l'excellence ?
La vérité est que mieux on apportera des compétences aux futurs
comédiens et comédiennes, mieux on garantira leur insertion dans un
univers professionnel exigeant et aléatoire. Et, comme le rappellent
Julie Brochen et Daniel Mesguich, ce ne sera pas alors le diplôme
qu'ils auront obtenu qui leur assurera de durer mais la qualité de leur
formation et la richesse des contacts qu'ils auront noués tout au long
de leurs années d'études.
ECHANGES DE SAVOIRS
Quant au LMD (licence-master-doctorat), il n'a pour défaut que
d'obliger à créer des ponts inédits, et parfois complexes à bâtir,
entre l'université et les écoles d'art ou, pour le dire autrement, de
relier ceux qui étudient Antigone et ceux qui l'interprètent. Depuis
toujours, le théâtre revendique un diplôme non diplômant : celui de
l'école qui le délivre. On sort "diplômé" du Conservatoire national
mais ce titre n'a de valeur que celle qu'on veut bien accorder à
l'établissement. Faudrait-il renoncer à lui assurer une reconnaissance
dans l'espace européen pour la raison que, si on lit les deux comédiens
signataires, la dimension internationale n'intéresse pas les gens de
théâtre liés par le verbe à leur pays natal comme une moule à son
rocher ? Toute la jeunesse étudiante en Europe apprend à se connaître
par des échanges de savoirs. Au motif qu'il faut absolument préserver
la singularité des formations artistiques et ne pas inféoder à un
savoir purement théorique un apprentissage qui est aussi et surtout
sensible, il faudrait en exclure les futurs acteurs et actrices de ce
pays ?
Cela ne fait aucun doute : le Conservatoire national et le TNS
continueront d'occuper une place forte plutôt que d'en devenir une.
L'Etat a "labellisé" onze écoles supérieures de théâtre dont deux à
Paris et neuf en région. Est-ce trop dans un pays de plus de 60
millions d'habitants ?
Pour ma part, nommé à compter du 28 août directeur de l'Ecole nationale
supérieure des arts et techniques du théâtre (Ensatt), fondée en 1941
et appelée Rue Blanche jusqu'à sa décentralisation à Lyon, je ne crains
pas d'exprimer ma fierté de prendre les rênes d'un haut lieu de
l'enseignement du théâtre qui se sentira toujours supérieur mais jamais
hautain.
Thierry Pariente est délégué au théâtre au ministère de la culture et
de la communication.
Article paru dans l'édition du 30.07.09